Les lunettes Google traduisent une évolution millénaire, présentent de nombreux intérêts dans la mobilité et la consommation, et posent de nombreuses questions … philosophiques

La rumeur se confirme (déjà abordé dans 2 précédents articles: ici et ). Google devrait commercialiser fin 2012 des lunettes intégrant les principales fonctionnalités d’un smartphone : téléphone, connexion web, GPS, mémoire, appareil photo, avec une projection des informations sur les verres. Cet objet arrivera d’ici quelques mois, il concentre et cristallise de nombreuses évolutions à venir dans nos rapports au contexte, à l’environnement, aux autres. Il crée également de nouveaux risques qu’il faudra comprendre, débattre et limiter pour profiter des avantages dans de nombreux domaines, ceux des mobilités et des chaînes logistiques.

Ces lunettes rendent visible, à double titre, la façon dont des entreprises comme Google, Facebook ou Amazon, voient le monde qui vient. Petit rappel technologique : tout est décrit ici.

Futur Smartphone ?: L’équipement en téléphone portable et en smartphone indique globalement que ces objets sont acceptés et demandés. Prothèse nomade « parfaite », les lunettes prolongent les tendances millénaires : l’appropriation d’objet portable permettant à l’homme de se déplacer, de s’adapter à son environnement, d’échanger avec les autres des connaissances, des objets ou des savoirs, de pratiquer le troc. Le smartphone que nous appelerons « cerveau externalisé », en référence à Michel Serres, apporte donc ces éléments essentiels au nomadisme dans un monde complexe. Une évolution possible verra donc disparaître l’objet smartphone dans les lunettes et la montre, objets historiques.

En pratique, les lunettes apporteront plusieurs niveaux d’informations, de liens en temps réel :

  • sur l’environnement, les objets, bien sûr les véhicules en circulation, en résumé le contexte,
  • sur soi-même, sa position,
  • sur son réseau de connaissance, sur les personnes
  • sur les connaissances et savoirs répertoriés sur internet, indexés et accessibles aux robots numériques.

Votre cerveau externalisé: En conséquence, vous parlerez virtuellement plusieurs langues, demanderez à votre « cerveau externalisé » de résoudre des problèmes en marchant, serez capable de (re)connaître de nombreuses personnes, d’être quasiment partout comme dans votre quartier, d'avoir toutes les informations que vous jugez importantes pour choisir le produit adapté … Les conséquences sont nombreuses, liées entre elles, complexes (au sens de complexus), paradoxales ; Certains pensent alors que la richesse sera la capacité à être seul, coupé des autres, à pouvoir se recueillir (voir Vidéo Conversation d'Avenir – la solitude ici).

Ces connaissances sont « ajoutées » au monde physique réel devenant « réalité augmentée » (voir ici par exemple). Ceci pose déjà des questions auxquelles nous devrons répondre sur l’intrusion, sur le partage de nos données publiques, de nos traces numériques conscientes ou inconscientes, de nos données privées. Cela ouvre également des possibilités infinies d’intrusions commerciales de plus en plus sophistiquées (voir quelques exemples ici et ). La frontière privée/publique, professionnelle/privée s’estompera pour devenir connectée/non connectée. Certains pensent alors que ne pas être connecté sera suspect, notamment par votre réseau (voir Vidéo Conversation d'Avenir – La vie privée: ici).

Plus faciles et rapides à utiliser ces informations apportées au moment où nous en avons besoin modifieront nos usages, nos pratiques. Mais plus encore, nous pourrons apprendre les liens entre ces informations fournies au bon moment (Google appelle cela ZMOT), et les changements de comportements, nous aurons des outils pour apprendre à apprendre permettant d’accélérer le processus. 

Puis de nouvelles connaissances seront proposées : le futur, le temps d’après. Par exemple, vous verrez sur le bus, le nombre de place libre, l’heure d’arrivée simulée intégrant les bouchons qui arriveront sur le trajet ; et également un comparatif des autres options de mobilité en intégrant dans les propositions le futur. Ces modèles prédictifs du futur concentreront toutes les données temps réel du passé ; ils leurs donneront un autre sens (voir quelques exemples ici et ici).

Connexion aux savoirs et aux objets: Puis arrivera l’internet des objets, ces derniers communiqueront avec nous et entre eux, ouvrant des possibilités inimaginables aujourd’hui, au sens que nous ne pourrons pas le concevoir dans leur ensemble tant les interactions et rétroactions sont multiples. Nous ne pourrons que les expérimenter pour trouver en même temps les domaines d’application et les normes pour les diffuser et les lois pour les limiter. Un colis affichera son contenu carbone, sa trace ; un camion circulant informera les autorités sur ses émissions polluantes, sa masse totale, déterminant automatiquement le montant du péage, et proposant alors au chauffeur la meilleure organisation de livraison revue et mise à jour au dernier moment, réservant l’aire de livraison et établissant automatiquement la comptabilité carbone de l’entreprise.

Dans le domaine des transports, il est alors probable que les gains de productivité, d’énergie et économiques soient alors majoritairement apportés par l’optimisation des systèmes rendus possible par ces évolutions, et non pas par les progrès technologiques sur les véhicules. En conséquence : et si Google se rapprochait de Veolia Transport ?

Cette paire de lunettes confirme également l’arrivée des géants numériques dans le monde physique ; quand il leur apparaît nécessaire de matérialiser sous des formes précises (kindle, ipad, …) leurs services, leurs Univers pour se positionner dans la chaîne de valeurs. Quand investiront-ils les secteurs de l’énergie et des transports ?

Ces lunettes permettent de voir le monde comme Google le voit, pour le moment : orienté utilisateur, communicant, apprenant, temps réel et prédictif … Mais après ? Comment même concevoir ces risques pour s’en protéger ? Ces derniers seront tellement nouveaux et changeant. Certains philosophes, comme Michel Serres (voir vidéo), abordent ces questions essentielles portant sur les évolutions « du support / message » après les deux révolutions précédentes (inventions de l’écriture, puis de l’imprimerie). Il indique notamment qu’avec cette 3ème révolution, nous devrons (ré)inventer de nouvelles lois, de nouveaux codes. « C’est lorsque interviennent des révolutions concernant l’information, que les civilisations basculent ».

Les ingénieurs et les scientifiques ne doivent plus ignorer ces changements dès la conception des nouveaux systèmes. Ces derniers doivent donc intégrer les outils, les technologies qui permettront de penser de nouvelles lois, de nouveaux codes permettant de mieux se protéger collectivement.

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