VW XL1 n’est pas une innovation. Il manque la plateforme (numérique) qui va avec …

VW XL1 préfigure sans doute
l'automobile du futur. Ce « véhicule objet » était
prévisible depuis des dizaines d'années. Il n'est finalement qu'un
assemblage de techniques connues. Ce n'est donc pas une innovation. Par ailleurs, VW n'envisage pas d'autres usages de ce
véhicule performant. Mal utilisé, il ne préfigure pas les mobilités de demain.

L'automobile du futur et le futur de
l'automobile

D'autres comme Akka Technologies
proposent avec Link and Go, une première version d'automobile
servicielle.
Pourtant ce « véhicule serviciel » n'est pas non plus
une innovation. Il n'est pas branché sur une plateforme. Ce sera
sans doute simplement un composant du futur de l'automobile.

En même temps, Amazon lance Amazon
Coin. Objectif : Engager encore plus les développeurs
externes à l'entreprise à innover sur sa plateforme, les
récompenser avec une monnaie dédiée, permettant en PLUS de
réintroduire une partie des bénéfices en interne, de pouvoir
tracer les achats réalisés donc d'apprendre encore PLUS de choses
sur ses clients.

Amazon, nouveau « barbare »
de ce nouvel âge, bouleverse tous les codes, et devient sans aucun
magasin physique (pour le moment) la marque préférée des
consommateurs américains pour ses services. Et si Amazon devenait
fournisseur d'énergies … Amazon Energy Services.

De tout cela, les entreprises
industrielles historiques pourraient s'inspirer : devenir
elles-aussi de véritables plateformes, aspirant les
innovations externes, proposant les outils développés en internes à d'autres
entreprises jusqu'à leurs concurrents, permettant d'utiliser les
applications (services de mobilité) simplement et finalement séduisant les
créatifs pour les intégrer au cœur du dispositif. Mais pour le
moment, même si les constructeurs partagent entre eux des
« plateformes véhicules » aucune véritable innovation
n'a été mise en œuvre, aucune action pour co-concevoir à l'âge de
la multitude des plateformes de « véhicules objets » puis des
plateformes de « véhicules serviciels ».

  • Pas de dispositif de séduction
    des créatifs, comme GoogleGlass, quelques explorations comme Fiat
    au Brésil

  • Pas de plateforme ouverte
    séduisante, inspirant confiance grâce à son design et permettant
    de développer des applications orientées vers de nouvelles
    expériences utilisateurs,

  • Pas de co-conception permettant de
    mettre au point au plus près des besoins des « véhicules
    objets » puis des « véhicules serviciels »,

  • Pas d'accès aux données de
    performances simplifiés des « véhicules objets » pour
    faciliter leur intégration dans des services, pour inspirer
    confiance et transparence.

 

De l'application à la plateforme

Le GPS était à l'origine une
application fermée, dédiée aux militaires. Puis une décision
politique l'a transformé en plateforme d'innovation en communicant,
avec une précision inférieure, les données. Puis tout le monde
connaît la suite et les nombreuses applications. Et si une « plateforme
véhicule » était vraiment considérée de la même façon
comme une plateforme au sens du numérique : partagée à
l'échelle mondiale, ouverte, permettant à tous les créatifs de se
« plugger » pour l'enrichir en construisant des
applications, formes modernes de services. Les applications seront,
pour ces entreprises industrielles, les « nouveaux »
services de mobilité, ouvrant vers de nouveaux usages de l'automobile. 

La plateforme sera enrichie en
permanence, par des idées inaccessibles aux constructeurs, avec des
produits et des services parfaitement adaptés aux besoins. Elle sera
également hackée pour réaliser des applications robustes et
fiables.

Aujourd'hui, les constructeurs
automobiles restent de développeurs d'applications. Même quand ils
s'unissent à l'échelle mondiale, ils ne deviennent pas des
plateformes mettant à la disposition des développeurs externes leurs
ressources. Reprenant l'âge de la multitude : « Dans cette économie de la contribution où une
part croissante de la valeur émane de l'activité spontanée
d'utilisateurs non rémunérés, la privatisation de cette valeur par
une entreprise peut être perçue comme une manœuvre grossière et
discréditer l'entreprise aux yeux du marché. Pour une telle
entreprise, devenir une plateforme est une manière de restituer
cette valeur au marché, d'en faire profiter de nombreuses autres
entreprises qui, faisant levier sur cette valeur créée par une
multitude d'utilisateurs, leur rendront à leur tour des services au
travers de maintes applications ». [De nombreuses citations de ce livre sont disponible ici]. Cette promesse est le socle
de cette nouvelle industrie de la donnée.

Datact, initié par le Groupe Chronos, a identifié également quelques
pistes pour intégrer les usagers, les « rémunérer »,
leur donner confiance.

Dans l'âge de la multitude : « Dans ce monde-là, la seule
stratégie qui vaille, c'est celle de l'ouverture. C'est reconnaître
que la productivité sociale est parfois devenue plus puissante que
la productivité organique interne aux entreprises. C'est mesurer
vraiment si la circulation des savoirs n'est pas plus profitable à
tous que leur sauvegarde sous forme de droits de propriété
renforcés. C'est ne pas être naïf vis à vis des enjeux de
marques, qui expriment souvent beaucoup moins une identité
patrimoniale qu'une cristallisation de virtualités d'action et de
puissance ».

Les entreprises numériques portent ces mutations
au niveau mondial. Elles ont inventé de nouveaux codes, de nouvelles
règles. Pour les acteurs historiques, il devient nécessaire de les
comprendre, puis de les intégrer. Or ce travail ne peut se faire
sans une prise de recul suffisante pour analyser les modes de
fonctionnement actuel.

 

Quelle plateforme de mobilité ?

Un précédent article décrivait les
contours d'un équipage formé pour explorer
ces nouveaux modes de
création, pour mieux se préparer au changement. Ceci n'est pas une
option tant le gouffre entre les industries automobiles et numériques
s’agrandit
. La plateforme sera probablement mise en œuvre par une
start-up issu du numérique, se basant sur une première application
(service de mobilité) puis agrégeant déjà plusieurs services de mobilité. Elle utilisera des
développements agiles basés sur des individus et leurs interactions
(et non sur des procédures), des logiciels opérationnels, des modes
collaboratifs avec les clients, et l'itération continue. En
construisant la plateforme des mobilités, elle se placera
« au-dessus » des « véhicules objets » pour
proposer des suites servicielles conçues au plus près des clients.
Cette plateforme aspirera toutes les innovations : d'abord
celles liées aux services de mobilité, à toutes les formes
d'exploitations de « véhicules serviciels », puis celles
liées aux « véhicules objets » pour mieux les intégrer
dans des services. Google Mobility Service pourrait également être
cette plateforme.

 

Quelle rémunération pour les
utilisateurs participants ?

Nombreux sont ceux qui ont identifiés le
besoin de récompenser le travail des créatifs et également les traces
d'activités des utilisateurs. Ces données ont une valeur permettant
de connaître précisément les besoins, les pratiques, les usages.
Ceci est essentiel dans le domaine des mobilités tant nos
connaissances sont faibles et trop agrégées. Ainsi, par exemple, en
accédant à de « nouvelles » données d'usage, un Etat
(NYC) propose de baser l'assurance sur l'usage réel du véhicule
(écoconduite, heures de circulation pour réduire les bouchons, …). Nouvelles données = nouveaux modèles d'affaires, nouveaux usages, nouvelles applications. SideCar
vient de lancer un service de mobilité hybride entre le taxi et le
covoiturage dynamique dont la rémunération est … optionnelle. En inventant de nouvelles applications (services de mobilités) et de nouveaux modèles d'affaires, certaines start-up pourraient s'appuyer dessus pour créer la plateforme de référence.

Revenons alors à la monnaie Amazon
Coin. Ceci peut sembler étrange, inutile ou encore impossible pour
ceux qui n'ont pas pris le recul suffisant, analyser et compris le rôle d'une monnaie.
« Encourager les développeurs à réaliser des applications
exclusives pour sa propre tablette. Car Amazon prévoit d'offrir des
dizaines de millions de dollars de monnaie virtuelle à ses
clients ». D'après Slate,
« en battant monnaie et en confiant celle-ci aux propriétaires
de Kindle Fire, Amazon va faire augmenter la demande pour le contenu
Kindle Fire. Surtout, dans la mesure où les développeurs pour
Kindle Fire anticiperont une demande supérieure, ils seront
incités à créer des applications. Monnaie virtuelle qu’ils
pourront convertir en application une fois que le service sera mis en
place ».

Séduire encore plus les
développeurs d'applications pour construire LA plateforme qui, à son
tour, attirera les développeurs. La plateforme permet
l'industrialisation d'une multitude d'applications, elle les héberge et les nourrit. Pour cela, elle doit être séduisante, donner envie de travailler dessus. Alors des applications
seront créées "sur-mesure", au plus près des utilisateurs, et
pour certaines avec ou par les utilisateurs. Application et plateforme se
renforceront mutuellement.

La plateforme des mobilités va
arriver, elle sera forcément mondiale. Ayant germée autour d'un service, elle sera capable d'accueillir une multitude
de services de mobilité (applications) et sans doute plusieurs
monnaies permettant d'échanger ces services mais également de créer
des systèmes de notation des utilisateurs (de type eBay :
ponctualité, sérieux,… qui sont eux aussi des monnaies). Les monnaies deviennent ainsi de
formidables « objets liens » structurant et dynamisant ce
collectif étendu, base d'une entreprise agile tournée vers la
multitude. La plateforme tissera ainsi des liens inédits entre le monde physique et le monde virtuel, dont il est urgent de prendre conscience.

Il existe très peu de plateformes
mondiales.

Il est encore temps de créer celle
dédiée aux mobilités.

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