Ralentir la ville pour de nouvelles expériences de mobilité

La recherche de la vitesse a guidé les
politiques de mobilité, sans résoudre l'engorgement et la congestion des villes
ni réduire les usages de la voiture individuelle. Comment changer de paradigme
et développer des politiques de mobilité pour ralentir dans la ville? Quels
changements sont nécessaires pour réellement développer l'usage du vélo ou de
la marche ? Le ralentissement s'accompagne-t-il d'une meilleure fluidité ?

La vitesse est bien entendu un élément stratégique essentiel car il structure aujourd’hui le rapport de force dans la rue aujourd’hui (lire Et si le vélo reprenait sa place dans la bataille de la rue). Il hiérarchise les positions en donnant accès à la seule richesse : le temps. Arnaud Passalacqua indique dans son ouvrage La Bataille de la route que la principale stratégie consiste effectivement à s'assurer un territoire rigide et bien à soi. Donc à abandonner ce qui caractérise les systèmes de mobilité : leur souplesse. Ce livre intéressant propose une plongée dans le monde violent de la mobilité, sur tous les territoires. Enjeu de la bataille, l'espace public, voit se nouer alliances et oppositions entre les modes de transport.


Screen-shot-2012-10-11-at-12.08.21-PM2


Il est démontré que les modes actifs
conduisent à augmenter le chiffre d’affaire des commerces, il est démontré que
ces modes sont « intégralement » positifs. Pour autant, ralentir
est-il l’objectif à viser ? N’est pas plutôt un moyen pour nous permettre
de mieux vivre ensemble, ou plutôt d’augmenter nos chances de mieux vivre
ensemble ?

Le « ralentissement »
fait partie des initiatives dites « alternatives ». Il y a en
beaucoup, elles sont peu visibles, il faut les grouper et montrer ce qu’elles
ont en commun, leur potentiel transformateur non pas uniquement pour les
transports ou l’énergie mais plus largement pour notre « bien être ».
Ces mesures sont à articuler avec toutes les actions visant à contraindre l’autosoliste
volontaire et à récompenser tous les autres. On peut noter : l’économie
sociale et solidaire avec toutes ses composantes : les coopératives de
production ou de consommation, le mutualisme, le commerce équitable, les
monnaies parallèles ou complémentaires, les systèmes d’échange local, les
multiples associations d’entraide ; l’économie de la contribution numérique;
les mouvements slow town ; les nouvelles pensées des « communs ».
Il s’agit maintenant de les aborder elles aussi comme un système dans l’objectif
de les coordonner, du point de vue de l’ingénieur, mais également de les rendre
compréhensible, appropriable par tous.

Finalement, c’est la recherche
d’un convivialisme, d’un art de vivre ensemble (con-vivere) qui
permette aux humains de prendre soin les uns des autres et de la Nature, sans
dénier la légitimité du conflit mais en en faisant un facteur de dynamisme et
de créativité. L’idée de la convivialité est essentielle : comment vivre
ensemble en s'opposant sans se massacrer ? C'est une question préalable,
centrale dans toutes les sociétés humaines et indispensable à poser notamment
pour partager les « communs », la rue, terre à la fois de friction et
de rencontre.

En même temps, les techniques
numériques structurent de plus en plus nos vies, certains travaux
philosophiques montrent qu’elles commencent également structurer notre
perception des autres et donc de nous-mêmes. Une nouvelle matrice ontophanique (perception de l’être) se crée. Le
numérique bouleverse les notions « historiques » des vitesses :
est-ce que je vais vite quand je ne me déplace plus pour commander un produit
livré en 24h ? est-ce que je vais vite quand je fais une réunion de
travail dans un café à côté de chez moi avec plusieurs personnes éparpillées en
accédant à mes données dans les nuages ? De quelles vitesses parle-t-on ?

Par ailleurs, comment
décidera-t-on des « nouvelles » règles dont celles des vitesses
« conviviales » ? Il ne faut pas reproduire les mêmes méthodes :
en vérifiant par des sondages si elles sont acceptables, non plus en écoutant
les citoyens mais en concevant des dispositifs pour qu’elles émanent du
collectif lui-même, d’où le besoin de définir ces règles de vivre ensemble par de nouvelles formes de concertation. Le
numérique est ici un nouveau facilitateur potentiel extrêmement puissant.

La vitesse comme composant d’une expérience de mobilité

Le mode de transport, les
infrastructures ne sont que des moyens matériels permettant de réaliser des
activités. Les changements de comportement que l’on souhaite vers des modes
plus « conviviaux » ne seront pas uniquement engendrés par des
changements de vitesse autorisé, par des contraintes sur la voiture, mais
également en co-concevant de nouvelles « expériences de
mobilité » : plus ludiques, plus (dé)connectées, plus simples, plus
économiques, plus … Là encore le numérique est un puissant outil pour travailler
les changements de comportement à travers le design numérique.

Le numérique avait promis une
certaine maîtrise du temps. Cette promesse n’est pas au rendez-vous, au
contraire, il accélère, dé-synchronise et en même temps il peut permettre de
gagner du temps. Le temps est bien une richesse renouvelable, mesurable et
partiellement échangeable. Des monnaies temps existent et sont utilisées aux USA
ou au Japon.
Le temps est donc qualifiable en quantité, mais également en qualité. Est-ce que
cette lenteur promise par la réduction des vitesses maximales, par le
développement des modes actifs, est accessible à tous ? N’y a t’il pas des
lenteurs riches d’expériences et d’autres lenteurs ? Le parisien qui
traverse les parcs à pied sur un ou deux kilomètres pour se rendre à son
travail vit-il la même expérience que le banlieusard marchant 500 mètres le
long d’une autoroute ?

Il est proposé de
penser la rue, la vitesse comme des leviers pour mieux vivre en convivialité.
De concevoir également différemment ces nouvelles règles, ces nouveaux choix.
De tisser le numérique à la fois dans la concertation, dans les propositions et
dans les solutions de mobilités et d’immobilités. Nous avons besoin d’une
culture des « temps riches ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s