Archives pour la catégorie anthropologie

MétaNote TdF 11 – Transports & Mobilités, Introduction à la pensée complexe

Nous savons maintenant que les objectifs (Facteur 4, respect des objectifs européens en matière de qualité de l’air, réduction de la congestion, réduction d’utilisation des matières premières dont les ressources énergétiques)  ne pourront être respectés si nous nous limitons à l’optimisation des objets. Aujourd’hui nous nous pouvons plus faire l’économie des innovations systémiques.

Apportons à cette proposition, déjà de nombreuses fois abordée dans ce blog (voir les MétaNotes), des éléments complémentaires portant sur la complexité. En effet, dans le secteur des transports, les solutions proposées sont, jusqu’à présent, cloisonnées sans considérer les liens, les interactions, les rétroactions que ces solutions vont générer au regard du système complet. Les effets rebonds sont nombreux et contreproductifs, si bien qu’un progrès permettant de réduire la consommation unitaire d’un véhicule conduit, si rien ne change par ailleurs, à augmenter les distances parcourues ou qu’un nouveau tronçon de voirie peut générer plus de congestion.

L’expérimentation de solutions intégrées et systémiques n’est plus une option. Il nous faut désormais attaquer la complexité de front. Plusieurs notions nous aideront pour cela, venant d’Edgar Morin, directeur émérite au CNRS et docteur Honoris causa de plusieurs universités à travers le monde, grâce à son travail sur la complexité du réel à travers ses ouvrages La Méthode et Introduction à la pensée complexe.

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Mobilité, nouvelle question sociale ?

Dans la revue SociologieS, Jean-Pierre ORFEUIL dresse un panorama complet de l’accès ou aptitude à la mobilité pour une partie importante de la population française. Après avoir rappelé des ordres de grandeur particulièrement intéressants, JP. Orfeuil analyse les causes et origines de cette situation, la compare aux autres pays européens et aux USA, et propose une liste de mesures déjà expérimentées  par des « innovateurs sociaux » qu’il faudrait adapter au plus vite à notre situation nationale.

Dans son analyse sur les origines, JP. Orfeuil souligne que tous les acteurs, économiques et citoyens, ont intégré les potentiels de mobilité offerts, créant, comme les deux faces d’une même pièce, simultanément plus d’opportunités pour les uns, et plus de dépendances et fragilité pour les autres. La construction d’un citoyen moderne passe désormais par l’accès à des ressources diversifiées et éloignées, la mobilité devient un pré-requis, comme savoir lire ou écrire.

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La maîtrise de l’énergie par l’anthropologie

Dominique DESJEUX, dans son article « La maîtrise de l'énergie pour les entreprises, une démarche sous contrainte» analyse les déclencheurs d’une démarche d’économie d’énergie au sens anthropologique. L’anthropologie cherche ici à identifier des mécanismes humains, essaye d’être au plus proche du vécu des acteurs, des solutions pratiques qu’ils mettent en place, et à comprendre pourquoi certains acteurs ont intérêt à la maîtrise de l’énergie et d’autres non.

Premier constat : les acteurs ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent, qu’ils sont soumis à des incertitudes et à des contraintes, qu’ils ont des stratégies implicites ou conscientes en fonction de leur ressources et des perceptions qu’ils ont de la situation. Dans ce modèle explicatif, les valeurs et les opinions ne suffisent pas à expliquer les décisions des acteurs. La décision est appréhendée comme un jeu de billard où c’est la perception des contraintes, l’équivalent de la bande du jeu de billard, qui produit des effets sur l’arbitrage final en faveur ou non des économies d’énergie et non le seul jeu direct des valeurs ou des opinions. Connaître les contraintes perçues est donc un des éléments clés de la méthode d’analyse des prises de décision, le sens servant dans cette approche plus de justification que de déclencheur pratique de la décision. Le sens et l’imaginaire sont donc aussi importants pour expliquer une part des décisions mais ils sont considérés ici comme des variables explicatives dépendantes des contraintes du jeu social et économique.

Le deuxième constat est que la plupart des acteurs cherchent à augmenter leur marge d’autonomie et à limiter le contrôle des autres acteurs sur leurs actions voire à externaliser sur eux leurs problèmes de coût, d’incertitude ou de recherche d’information. La conséquence est que le jeu de la coopération et de la participation à un nouveau service comme un réseau interentreprises autour des usages de l’énergie, par exemple, est lui même soumis à ce double jeu de l’autonomie et de la contrainte.

L’objectif opérationnel est de rechercher dans ce jeu, où chacun recherche légitimement ses propres intérêts et donne son propre sens aux économies d’énergie, et plus généralement à son action, s’il existe des zones de coopération positive, des jeux de « levier vertueux », comme disait un interviewé, c'est-à-dire des actions où tout le monde peut gagner à coopérer ne serait-ce que ponctuellement. En général, les zones de coopération positives se trouvent là où il est possible de faire baisser les contraintes de temps, d’espace, de coût économique ou de charge mentale, et plus généralement tout ce qui préoccupe les acteurs par rapport à leurs objectifs sans menacer trop fortement leurs marge de manoeuvre.

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