Archives pour la catégorie économie de l’expérience

Quel est l’objet lien de votre projet : la peur, la proie ou l’Art ?

La description d’un projet
« innovant » est toujours révélatrice des dynamiques mises en œuvre
par les partenaires, et en général des finalités réelles de cette innovation.
Est-ce que le projet est engagé en réaction à des projets concurrents réels ou
supposés ? ou encore pour éviter que d’autres ne le fassent avant
vous ? ou bien pour améliorer une version précédente ? pour répondre
à de nouvelles normes ? Dans ces cas-là, ce qui fédère ce collectif est la
peur : de perdre un marché ou une rente. Dans le domaine de l’intelligence
collective, cet « agent » fédérateur s’appelle « l’objet
lien ». L'action de chacun des membres se construit autour et/ou avec
"un objet commun" (physique ou symbolique) qui va servir de
catalyseur et de support pendant le projet. La peur est un objet lien bien
connu, souvent utilisé, mais conduisant à de très faibles innovations de
rupture.

Il existe deux autres objets
liens pour rassembler des collectifs. Le second est la nomination d’une cible
connue et partagée, comme une proie que l’on chasse. Ce processus est
généralement utilisé pour des démarches d’acquisition d’entreprise, ou encore
des cartels qui verrouillent un marché. Le troisième nous intéresse plus
particulièrement car il met en œuvre des dynamiques très différentes, il s’agit
de l’Art. Cet objet lien vise à fédérer les acteurs d’un projet autour du rêve
d’humanité qu’il génère. Les dynamiques mises en œuvre et les capacités
d’innovation sont d’un autre niveau puisque les partenaires ne sont pas en
réaction, mais uniquement en création. Tous les sens du collectif peuvent être
utilisés, toutes les richesses peuvent être identifiées et engagées dans
l’action. L’objectif de ce type de projet s’exprime très différemment, sur le
fond et sur la forme, que les deux précédents. Les produits/services qui en
découlent sont en général totalement nouveaux, et compatibles avec les dynamiques
déjà abordées sur ce blog : incarner des rêves et des objectifs de
changement ambitieux, anticiper les mutations des frontières producteur/consommateur,
s’engager sans tarder vers la transparence totale sur le produit et leurs
impacts pour tous les acteurs, identifier les leaders d’opinion et les
créateurs externes pour les impliquer en les récompensant.

Il n’est pas étonnant si Steve
Jobs indique : « La technologie seule n’est pas suffisante.
C’est quand la technologie épouse les arts libéraux et les humanités qu’elle
parvient à faire chanter nos cœurs
 ».

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Partenariat Renault – Bolloré incarne la mutation décrite en 2009, MétaNote N°0

Le dernier Communiqué de Presse du Groupe Renault est repris, il décrit les trois principaux points qui seront travaillés avec Bolloré. Nous retrouvons les principaux points proposés dans la première MétaNote N°0 rédigée en 2009 (4 ans déjà). En résumé, mutation de la valeur vers l'économie de la fonctionnalité incarnée dans des services de mobilité, d'abord urbain (point 1). Puis viennent les développements de véhicules conçus pour être exploiter dans des services (point 3), ces véhicules ne seront pas vendus aux conducteurs, ils seront exploités par un opérateur. Etant exploités, le cahier des charges peut être totalement revu (3 places, très léger). Un article au titre évocateur rédigé en 2010 illustre cela : Qui sera capable de faire un GMP de 20 k au meilleur prix ? Déjà 20 kW …

Le véhicule autonome (niveau 4, lire l'article Robotisation, automatisation des véhicules en 2020) fixe un objectif possible. La robotisation ne fait que commencer pour améliorer la rentabilité des services. 

Cette mutation s'observe tous les jours (voir toutes les MétaNotes). A une rupture attendue sur des technologies de propulsion se substitue une mutation servicielle des usages accélérée par l'introduction d'un nouveau liant simplificateur : le numérique. Grâce à cette mutation servicielle, de nouvelles énergies, dont l'électricité, deviennent possibles. Quelle sera la place des industriels automobiles historiques dans les futures chaînes de valeur ?

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Robotisation, automatisation des véhicules en 2020. Qui sera le Patagonia de l’automobile ?

Patagonia expérimente le futur de l'automobile (lire les MétaNotes N°14 L'avenir de l'automobile). La marque propose à ses clients de moins consommer, de moins acheter ses produits, de les réparer, de les échanger.   

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Pur marketing pour certains, tout simplement une question de survie pour d'autres. Ayant compris que rapidement, l'entreprise devra s'organiser pour proposer des produits "beauxbons et vrais" (lire l'origine du concept), Patagonia préfigure sans doute l'avenir du commerce de biens industriels. avec l'arrivée promise de nouveaux types de véhicules autonomes, les chaînes de valeur des mobilités vont être bouleversées ouvrant d'immenses opportunités et de grands risques.

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Google Mobility : In the race to get you around cities with a smartphone and a credit-card

La voiture autonome, ce n'est pas pour demain. Trop compliqué, trop cher. Trop de problème juridique à régler. Et puis pourquoi faire ? L'automobile est déjà, en soi, un objet complexe, pourquoi vouloir augmenter encore le niveau de complexité (lire Qui est prêt pour augmenter le niveau de complexité ?) ? Pour quels bénéfices et surtout, pour qui ? Automatisée, oui, Autonome, non. Tel pourrait être le résumé de la bataille qui s'engage dès aujourd'hui. Un scénario fiction avait été rédigé en juillet 2011. Appelé Google Mobility Service, il est en train de se réaliser, dès aujourd'hui.

Pour Daimler, le lancement de sa classe S montre clairement la voie. L'automatisation du véhicule n'est pas une option. C'est un impératif compétitif. La classe S possède de nombreuses fonctions d'automatisation (lire Et si c'était déjà cybercar ?). Ces technologies vont progressivement équiper de plus en plus de véhicules par un mécanisme classique de réduction des coûts par des effets sur les volumes. Comme nous l'avons vu, ces techniques d'assistance vont participer à la création d'une nouvelle perception de l'automobile et du territoire (lire MétaNote 17 la révolution numérique et la fin de l'automobile). Progressivement, l'automatisation sera acceptée puis recherchée. Ne pas l'avoir sera impensable. Mais le passage de l'automatisation à la robotisation est bien un saut discret au sens mathématique. Pour le moment, aucun constructeur n'a d'intérêt à robotiser un véhicule. Le conducteur doit rester, pour garder la propriété de l'objet.

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MétaNote 17 – La révolution numérique et la fin de l’automobile

De nombreux articles de ce blog ont déjà présenté les conséquences visibles liées aux développements des techniques numériques, tant au niveau de l'offre de transports (de nouveaux services de mobilités, de nouvelles informations multimodales, …) qu'au niveau de notre connaissance de la demande (utilisation des traces numériques, nouvelles formes d'enquêtes ménages déplacements, participation des usagers à la création de données, …). Ces évolutions du "premier niveau" bouleversent déjà un écosystème entier tant les modèles d'affaires, les positions client/vendeur, les expériences de mobilité sont modifiées en profondeur. Des acteurs et des techniques d'une dizaine d'années à peine bousculent des chaînes de valeur établies.

Pourtant le numérique va nous faire vivre une mutation encore plus grande, plus profonde. Michel Serres nous aide en apportant un regard précieux issu de notre Histoire. Il avait dès les années 1960 décrit ce que nous sommes en train de vivre. Après l'invention de l'écriture puis de l'imprimerie, le monde numérique est bien la 3ème évolution de notre espèce. Ni plus ni moins que de nouvelles façons de voir le monde, de voir nos territoires, de nous voir nous-mêmes. De nouvelles formes de conscience de notre être, de notre physique, de notre espèce. 

La structure de la révolution numérique

La thèse de Stéphane Vial, la structure de la révolution numérique, raconte tout cela. Elle se parcourt comme arriveront les prochaines mutations : vite. D'autres, comme Jean-françois Noubel, Pierre Lévy ou encore Theilard de Chardin ont construit des pédogogies de ces phénomènes. Tous arrivent à la même conclusion. La noosphère se crée, vieille de quelques années, elle commence déjà à modifier nos représentations du réel, du virtuel, de nous-mêmes, et finalement nos modes de pensées. Ces évolutions inédites vont bien sûr impactées (elles impactent déjà) nos mobilités, nos perceptions des territoires, nos modes de consommation, nos outils de production industriels. Plongeons dans ce "nouveau"monde qui est.

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Et si les jeux étaient déjà faits ? l’iMaaS va s’imposer.

IMaaS
D'ici la fin de l'année, une société vieille de quelques années va permettre de transporter autant de personnes que l'Eurostar. Déjà, les 26000 voitures partagées en France placent la moitié de la population à moins de 15 minutes à pied d'un véhicule partagé, utilisable, simplement, aujourd'hui. D'ici quelques mois le gouvernement chinois pourrait annoncer dans les 8 principales villes des mesures de restriction visant à limiter l'usage et probablement l'achat de voiture. L'Oregon (USA) invente cet été une nouvelle fiscalité du transport basée sur une facturation à l'usage, ouvrant des innovations politiques et, en conséquence, des modifications profondes dans l'usage de la voiture. Tous les jours, profitant des progrès fulgurant des technologies numériques, de la créativité de la multitude, se créent de nouvelles applications simplifiant, regroupant, agrégeant des solutions de mobilité plus simples, plus fonctionnelles et demain plus agréables. Enfin Aetna, compagnie d'assurance, lance une première application traçant votre activité physique pour bénéficier de réduction sur votre mutuelle de santé.

Pris individuellement ces exemples intéressent, mais ils restent des signaux faibles.

Considérés ensemble, et en se plaçant du point de vue des citoyens, ils dessinent clairement de nouvelles mobilités/immobilité, de nouvelles contraintes, de nouveaux comportements, de nouvelles relations à l'automobile, de nouvelles expériences utilisateurs, de nouveaux imaginaires.

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Light foot print strategy

L’article de Charles Edouard Bouée, membre du comité
executif du cabinet Roland Berger dans les Echos, est intéressant. Il développe
une analogie entre la stratégie militaire américaine et l’entreprise de demain.
Reprenant l’idée que les militaires préfigurent les organisations du futur
(voir et revoir sur ce point les nombreux éléments de Transit City). Tentons
d’appliquer ces tendances aux domaines des mobilités et entreprises de
transports.

Les qualifications retenues pour cet avenir sont VICA :
Volatil, Incertain, Complexe et Ambigu. Ces notions ont été mentionnées à
plusieurs reprises dans ce blog (lire notamment la MétaNote 11 Introduction à la pensée complexe).
Devant ces éléments, la stratégie retenue se résume par « light foot
print
 » : augmenter son agilité, sa capacité d’adaptation à des
futurs inconnus, sa rapidité d’apprentissage de nouvelles techniques et
nouveaux environnements, se former en permanence. La MétaNote 1 proposait 7 principes pour survivre aux crises. Tous les contraires des guerres d’hier fondées sur des
structures de commandement et des moyens lourds. Ainsi la légèreté devient la
principale caractéristique, et l’empreinte le symbole.

Concrètement, cette stratégie  se traduit par trois actions : Drone, Forces
spéciales et cyberattaques
. Une quatrième élément semble nécessaire :
Espion. Comment peut-on traduire ces choix stratégiques dans le monde
industriel ?

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